Professionnel préparant sa reconversion avec maintien de salaire dans un environnement de travail moderne
Publié le 17 avril 2024

Financer une reconversion longue sans sacrifier votre salaire est possible, à condition de traiter le CPF de Transition comme une négociation stratégique et non une simple formalité administrative.

  • Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) sécurise votre contrat de travail et l’essentiel de votre rémunération, contrairement à une démission.
  • La clé du succès réside dans un dossier de « conviction » qui démontre la cohérence et les débouchés de votre projet à la commission Transitions Pro.
  • Votre employeur ne peut légalement pas refuser votre demande si les conditions sont remplies, mais il peut en reporter l’échéance.

Recommandation : Avant toute démarche, auditez précisément votre éligibilité (ancienneté, projet) et préparez une argumentation solide pour chaque interlocuteur (employeur, commission).

L’envie de changer de voie professionnelle, de trouver plus de sens ou d’évoluer vers un secteur porteur est une aspiration légitime. Pourtant, un obstacle majeur se dresse souvent sur ce chemin : la peur de la rupture de revenus. L’idée de se lancer dans une formation longue de 6, 10 ou 12 mois sans salaire est un frein puissant pour tout salarié en CDI, qui a des engagements financiers à honorer. Face à ce dilemme, beaucoup abandonnent ou se tournent vers des solutions partielles, comme des formations courtes financées par le CPF simple, souvent insuffisantes pour une véritable reconversion.

Mais si la véritable clé n’était pas de tout plaquer, mais d’utiliser un droit que vous avez co-financé tout au long de votre carrière ? Le Projet de Transition Professionnelle (PTP), anciennement connu sous le nom de Congé Individuel de Formation (CIF), est précisément ce levier. Ce n’est pas une faveur, mais un dispositif conçu pour sécuriser votre parcours. Cependant, pour l’activer, une approche administrative ne suffit pas. Il faut adopter une posture de négociateur, comprendre les attentes de chaque partie prenante et construire un projet inattaquable. Il s’agit moins de « demander » que de « convaincre ».

Ce guide n’est pas un simple mode d’emploi. C’est votre feuille de route stratégique pour transformer votre projet de reconversion en une réalité financée. Nous allons décortiquer, étape par étape, comment monter un dossier de conviction, comment aborder la discussion avec votre employeur et comment sécuriser jusqu’à 100% de votre salaire pendant votre formation. L’objectif : vous donner les clés pour que l’aspect financier ne soit plus un obstacle, mais un simple paramètre maîtrisé de votre nouvelle carrière.

Pour vous guider dans cette démarche stratégique, cet article est structuré pour répondre à toutes les interrogations clés. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer facilement entre les différentes étapes de votre projet de transition professionnelle.

Pourquoi vous pouvez obtenir un congé formation de 10 mois financé alors que vous avez seulement 3 ans d’ancienneté ?

L’accès au Projet de Transition Professionnelle (PTP) est souvent perçu comme réservé aux salariés ayant une très longue carrière derrière eux. C’est une idée reçue. En réalité, les conditions d’ancienneté sont bien plus accessibles qu’on ne le pense et permettent d’envisager une reconversion même après quelques années d’activité seulement. Le dispositif est conçu pour être un droit ouvert, pas un privilège de fin de carrière. Pour un salarié en CDI, la règle de base est simple : il faut justifier de 24 mois d’activité salariée, consécutifs ou non, dont 12 mois au sein de votre entreprise actuelle. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir 5, 10 ou 15 ans d’ancienneté pour être éligible.

Cette condition de 24 mois d’activité, dont 12 dans l’entreprise, est la porte d’entrée principale. Votre « capital carrière » s’accumule vite. Il est essentiel de ne pas sous-estimer votre parcours. Le calcul de l’ancienneté prend en compte divers contrats et situations, ce qui élargit considérablement le champ des possibles. Ne vous arrêtez pas à votre seul contrat actuel ; une vision globale de votre parcours est nécessaire.

Pour être certain de votre éligibilité, il faut considérer l’ensemble de votre vie professionnelle. Les règles incluent des cas spécifiques et des exceptions importantes :

  • Tous les contrats comptent : L’ancienneté requise peut être acquise via des CDI, mais aussi des CDD ou des contrats d’intérim.
  • Cas des CDD : Si votre dernier contrat était un CDD, vous devez justifier de 24 mois d’activité salariée au cours des 5 dernières années, dont 4 mois en CDD durant les 12 derniers mois.
  • Exceptions notables : La condition d’ancienneté est totalement levée pour certains publics. C’est le cas pour les travailleurs reconnus handicapés (bénéficiaires de l’OETH) et pour les salariés licenciés pour motif économique ou pour inaptitude, à condition qu’ils n’aient pas suivi de formation entre leur licenciement et leur nouvel emploi.

Ces règles montrent que le législateur a voulu rendre le dispositif flexible. Avoir 3 ans d’ancienneté totale est donc, dans la majorité des cas, largement suffisant pour ouvrir ce droit fondamental à la reconversion. La première étape est donc de valider ce point administratif, qui est souvent moins bloquant qu’imaginé.

Comment convaincre la commission Transitions Pro de financer votre projet de reconversion ?

Une fois l’éligibilité confirmée, le véritable enjeu commence : construire un dossier qui va convaincre la commission paritaire de Transitions Pro. Il ne s’agit pas de remplir un formulaire, mais de présenter un véritable « dossier de conviction ». Cette commission, composée de représentants d’employeurs et de syndicats, a pour mission d’allouer des fonds mutualisés aux projets les plus solides et pertinents. Le taux d’acceptation est encourageant, comme le montre le rapport d’activité de Transitions Pro ARA indiquant 74% de dossiers acceptés en 2022, mais cela signifie aussi qu’un quart des demandes est rejeté. La différence se joue sur la qualité de l’argumentation.

La commission n’évalue pas votre envie, mais la viabilité de votre projet. Pour cela, elle s’appuie sur une grille d’analyse précise qu’il est indispensable de maîtriser pour orienter votre rédaction. Penser comme un évaluateur est la meilleure stratégie pour anticiper les questions et y répondre de manière proactive. Votre dossier doit être une démonstration logique et structurée.

Étude de cas : La grille d’évaluation de la commission paritaire

La décision de la commission repose sur l’évaluation de trois critères cumulatifs, notés sur un total de 300 points. Premièrement, la cohérence du projet (rapport au profil, au parcours, à la formation initiale) : vous devez expliquer le lien logique entre qui vous êtes et ce que vous voulez devenir. Deuxièmement, la pertinence du parcours de formation : l’organisme choisi, le contenu et la durée de la formation doivent être les plus adaptés pour atteindre votre objectif. Troisièmement, les perspectives d’emploi à l’issue de la formation : vous devez prouver que le métier visé recrute, idéalement dans votre région. En complément, une grille de priorités nationales (sur 20 points) peut ajouter des points, par exemple si vous visez un métier en tension (3 points), si vous avez un bas niveau de qualification (5 points), ou si vous venez d’une PME de moins de 50 salariés (1 point).

Cette grille de lecture est votre meilleur atout. Chaque partie de votre dossier doit répondre à ces questions : Pourquoi ce projet est-il logique pour moi ? Pourquoi cette formation est-elle la meilleure ? Quelles sont mes chances réelles de trouver un emploi après ?

Comme le montre cette approche structurée, le succès ne dépend pas du hasard mais d’une préparation méticuleuse. Il faut étayer chaque affirmation par des preuves : recherches sur le marché du travail (offres d’emploi, études sectorielles), comparaison des organismes de formation, et une narration personnelle qui lie toutes les pièces du puzzle de manière convaincante. Votre projet doit apparaître comme un investissement judicieux pour la commission.

Votre plan d’action pour un dossier de conviction

  1. Points de contact : Listez tous les acteurs à convaincre : vous-même (clarifier le projet), la commission Transitions Pro (cohérence, pertinence, débouchés), votre employeur (planning, retour).
  2. Collecte : Rassemblez les preuves : fiches métiers, offres d’emploi locales, programmes de formation détaillés, résultats d’enquêtes-métiers auprès de professionnels.
  3. Cohérence : Rédigez un argumentaire qui connecte votre expérience passée (même si différente) à vos futures compétences. Montrez que ce n’est pas une rupture, mais une évolution logique.
  4. Mémorabilité/émotion : Identifiez l’élément unique de votre parcours. Qu’est-ce qui rend votre démarche singulière ? Mettez-le en avant pour vous distinguer d’un dossier purement technique.
  5. Plan d’intégration : Préparez deux scénarios post-formation : A) réintégration (si possible), B) recherche d’emploi. Montrez que vous avez anticipé les deux issues.

Comment annoncer à votre employeur que vous demandez un congé formation de 12 mois ?

L’annonce de votre demande de congé de transition à votre employeur est une étape délicate qui nécessite autant de tact que de rigueur procédurale. L’approche doit être professionnelle et transparente pour maintenir une bonne relation, que vous envisagiez de revenir ou non. La loi encadre strictement cette démarche, tant sur les délais que sur les droits et devoirs de chaque partie. Votre employeur ne peut pas s’opposer à votre départ en formation si vous respectez les conditions, mais une communication bien menée facilitera grandement le processus.

La première règle est le respect des délais légaux. Anticiper est la clé pour ne pas mettre votre employeur devant le fait accompli et pour vous conformer à la loi. Ces délais varient selon la durée et le format de votre formation :

  • Pour une formation continue de plus de 6 mois, la demande d’autorisation d’absence doit être adressée par écrit (lettre recommandée avec accusé de réception) au plus tard 120 jours (4 mois) avant le début du congé.
  • Pour une formation de moins de 6 mois ou se déroulant à temps partiel, ce délai est ramené à 60 jours (2 mois).
  • Une fois la demande reçue, l’employeur dispose d’un délai de 30 jours pour vous répondre.
  • Sachez que l’employeur peut demander un report du congé, mais dans une limite de 9 mois maximum et uniquement pour des raisons de service (par exemple, si votre absence est préjudiciable à la production).

Au-delà du cadre légal, la forme est essentielle. Préparez un entretien avec votre manager ou les RH pour présenter votre projet en amont de l’envoi formel. Expliquez votre démarche, la nature de la formation et vos objectifs. Mettez en avant le fait que c’est un projet de développement personnel et professionnel mûrement réfléchi. Cette transparence peut désamorcer d’éventuelles tensions et poser les bases d’une discussion constructive sur l’organisation de votre absence et de votre éventuel retour.

Il est crucial de comprendre que le droit est de votre côté, comme le rappelle clairement Uniformation. Votre posture ne doit pas être celle de quelqu’un qui demande une faveur, mais de quelqu’un qui exerce un droit :

L’employeur ne peut refuser la demande si les conditions d’ancienneté et la procédure sont respectées. En revanche, il peut demander son report de 9 mois au maximum sous certaines conditions.

– Service Uniformation, Le CPF de transition professionnelle

L’erreur qui coûte 25 000 € de salaire : démissionner pour vous former au lieu de demander un CPF de transition

Face à un projet de reconversion, l’idée de la démission peut sembler la voie la plus simple et la plus rapide. C’est souvent une erreur d’arbitrage financier considérable. Le dispositif « démission-reconversion » existe et permet de toucher les allocations chômage (ARE) pendant sa formation, mais il est loin d’être aussi avantageux que le Projet de Transition Professionnelle (PTP). Opter pour la démission, c’est renoncer à la sécurité de votre contrat de travail et, surtout, à une part substantielle de vos revenus. L’impact financier peut se chiffrer en dizaines de milliers d’euros sur une année.

Pour prendre une décision éclairée, il faut comparer froidement les deux dispositifs. Le PTP est conçu pour être un pont sécurisé entre deux carrières, tandis que la démission est un saut dans l’inconnu. Le tableau ci-dessous met en lumière les différences fondamentales, comme le montre une analyse comparative des dispositifs.

Comparaison PTP vs Démission-reconversion
Critère PTP (Projet de Transition Pro) Démission-reconversion
Maintien du salaire Oui, 100% si ≤ 2 SMIC, 90% si > 2 SMIC Non, allocation chômage uniquement
Prise en charge formation Oui, par Transitions Pro Non, financement à chercher (CPF, Pôle Emploi, Région)
Statut pendant la formation Salarié en congé Demandeur d’emploi
Maintien ancienneté Oui Non, ancienneté perdue
Condition d’éligibilité 24 mois activité dont 12 dans entreprise 5 ans d’activité salariée continue
Retour à l’emploi Poste garanti dans l’entreprise Recherche d’emploi après formation

Le critère du maintien de salaire est le plus parlant. Avec le PTP, un salarié gagnant 2500 € brut mensuel continuera à percevoir environ 2250 € (90%). S’il démissionne, son allocation chômage sera d’environ 1425 € (57% du salaire brut). Sur 12 mois, la différence est de près de 10 000 € de revenus perdus, sans compter le coût de la formation qui reste à sa charge. Pour un salaire de 3500 €, la perte annuelle dépasse facilement les 15 000 €, auxquels s’ajoutent souvent 10 000 € de frais pédagogiques. L’erreur peut donc rapidement atteindre 25 000 €. De plus, le PTP maintient votre contrat de travail, vos congés payés et votre ancienneté.

Le dispositif démission-reconversion reste une option viable, notamment pour ceux qui ne sont pas éligibles au PTP. Il bénéficie d’ailleurs d’un très bon accueil, comme en témoigne le taux d’acceptation de 96% selon l’analyse des parcours 2023 de Transitions Pro Nouvelle-Aquitaine. Cependant, il doit être considéré comme une alternative et non comme le premier choix si vous êtes éligible au PTP. Le confort et la sécurité financière offerts par le PTP sont sans commune mesure.

Quand prévenir votre employeur de votre retour après un congé de transition : 2 mois avant ou à la fin de la formation ?

La gestion de la fin de votre congé de transition est une phase aussi stratégique que sa préparation. La loi est claire : à l’issue de votre formation, votre contrat de travail n’est pas rompu. Vous êtes toujours salarié de votre entreprise. La question n’est donc pas *si* vous devez prévenir votre employeur, mais *comment* et *quand* le faire pour que la transition se passe au mieux, pour vous comme pour lui. Anticiper cette étape permet de préparer un « scénario de retour » maîtrisé, qu’il s’agisse d’une réintégration effective ou d’une séparation négociée.

Légalement, vous n’avez pas d’obligation formelle de prévenir des mois à l’avance, mais il est fortement recommandé de ne pas attendre le dernier jour. Un silence radio pendant 12 mois est la pire des stratégies. Il est conseillé de reprendre contact un à deux mois avant la fin de la formation. Cela laisse le temps à l’entreprise de préparer votre retour. Il s’agit de discuter des modalités de votre réintégration : à quel poste ? Avec quelles missions ? C’est un dialogue, pas une notification.

Il est essentiel de garder à l’esprit les droits et obligations de chacun. Votre employeur a le devoir de vous réintégrer, mais avec une nuance de taille, comme le précisent les experts RH :

À l’issue de la formation, le salarié réintègre son poste de travail ou un poste équivalent. L’employeur n’est pas tenu de lui proposer un autre poste pour tenir compte de la nouvelle qualification acquise pendant la formation.

– Cegedim Business Services, CPF de transition professionnelle : mode d’emploi

Cela signifie que si vous vous êtes formé pour devenir développeur web alors que vous étiez comptable, votre employeur n’est pas obligé de vous créer un poste de développeur. Il doit vous proposer votre ancien poste ou un poste similaire en termes de qualification et de rémunération. C’est pourquoi le dialogue en amont est si important. Il permet d’explorer les possibilités : y a-t-il une opportunité en interne pour vos nouvelles compétences ? Si non, cela peut être le point de départ d’une discussion sereine sur une rupture conventionnelle.

Pour maintenir une relation professionnelle constructive, il est conseillé de garder le lien pendant toute la durée de la formation. Voici quelques points de vigilance :

  • Maintenez un contact professionnel : Un email trimestriel pour donner des nouvelles de votre formation peut être une bonne pratique. Votre période de formation est assimilée à du temps de travail effectif.
  • Vos droits sont maintenus : Pendant votre congé, vous continuez à acquérir des droits à congés payés et à des primes (comme le 13ème mois au prorata).
  • Votre protection sociale est assurée : Vous restez couvert par la sécurité sociale pour la maladie et les accidents du travail.
  • Anticipez le dialogue sur le retour : Ne subissez pas la fin de votre congé. Soyez proactif pour faciliter votre réintégration ou, le cas échéant, organiser un départ en bons termes.

Pourquoi vous pouvez changer de métier avec 80% de votre salaire maintenu pendant 1 an ?

Le principal atout du Projet de Transition Professionnelle (PTP) est sa capacité à sécuriser financièrement le salarié. L’idée de conserver une large part de son salaire tout en se formant est ce qui rend une reconversion longue possible. Le mécanisme de maintien de la rémunération est généreux et clairement défini, allant bien au-delà de ce que pourraient offrir des allocations chômage. Selon le barème officiel de Transitions Pro, la prise en charge est calculée sur la base de votre salaire de référence.

Le système est dégressif mais reste très protecteur, surtout la première année, qui couvre la majorité des formations de reconversion. Voici comment il fonctionne :

  • Si votre salaire moyen de référence est inférieur ou égal à 2 fois le SMIC, votre rémunération est maintenue à 100%.
  • Si votre salaire est supérieur à 2 fois le SMIC, votre rémunération est maintenue à 90% pour la première année de formation (ou les 1200 premières heures pour une formation discontinue), puis à 60% pour les années suivantes.

Pour un salarié avec un salaire médian, cela signifie concrètement une conservation de 90% à 100% de ses revenus. C’est ce qui permet de passer d’un rêve de reconversion à un projet concret, sans mettre en péril son équilibre financier. La promesse de maintenir « 80% de votre salaire » est donc une estimation prudente ; dans de nombreux cas, c’est bien plus.

Mais alors, qui paie réellement ? Certainement pas vous directement, et pas entièrement votre employeur. C’est là qu’intervient la puissance du système mutualisé français, un point souvent mal compris.

Étude de cas : Le financement mutualisé, qui paie vraiment ?

Le coût de votre formation et de votre salaire n’est pas supporté par votre seule entreprise. Il est pris en charge par l’association Transitions Pro de votre région. Ces associations sont elles-mêmes financées par une contribution obligatoire versée par toutes les entreprises à leur OPCO (Opérateur de Compétences). En pratique, pour les entreprises de moins de 50 salariés, Transitions Pro peut verser des avances à l’employeur pour qu’il puisse maintenir votre salaire. Pour les entreprises de plus de 50 salariés, l’employeur vous paie et se fait ensuite rembourser par Transitions Pro. Le salarié est le grand bénéficiaire de ce système : il utilise un droit qu’il a indirectement co-financé via les contributions de ses employeurs successifs tout au long de sa carrière.

Comment convaincre votre employeur de financer votre alternance et d’aménager votre temps de travail ?

Dans le cadre d’un Projet de Transition Professionnelle, la formation n’est pas toujours 100% théorique. De nombreux parcours certifiants incluent une période de stage ou d’application pratique en entreprise, souvent qualifiée d’alternance. Une question stratégique se pose alors : où effectuer ce stage ? Une option astucieuse, mais souvent négligée, est de le réaliser au sein même de votre entreprise. Cela demande une négociation et une argumentation fine, car votre employeur n’y est pas obligé. Cependant, les avantages peuvent être mutuels.

L’argument financier est votre meilleur allié. En effet, la rémunération pendant les périodes de stage est également prise en charge par Transitions Pro, tout comme les heures en centre de formation. C’est un point crucial à mettre en avant auprès de votre employeur. Comme le confirme Transitions Pro, la sécurité financière du salarié est maintenue y compris hors des murs de l’école.

Transitions Pro prend également en charge la rémunération des salariés pendant les périodes de stage. Le montant de la prise en charge de la rémunération est soumis aux mêmes règles que la rémunération pendant les périodes de formation en centre.

– Transitions Pro Auvergne Rhône-Alpes, La prise en charge financière, comment ça se passe ?

Concrètement, si vous effectuez un stage dans une autre entreprise, votre employeur continue de vous verser votre salaire (et de se faire rembourser par Transitions Pro). Si vous proposez d’effectuer ce stage en interne, sur un autre poste ou dans un autre service, l’avantage pour lui est double : il bénéficie de vos nouvelles compétences en cours d’acquisition et de votre présence, sans en supporter le coût salarial direct. C’est un argument puissant. Vous devenez une ressource qualifiée et « gratuite » pendant la durée du stage.

Cependant, il existe une nuance de taille à connaître avant d’entamer la négociation. Voici les points à maîtriser pour construire votre proposition :

  • Rémunération du stage : Si la durée du stage est fixée par le référentiel de la certification, votre salaire sera maintenu sur cette base. Si aucune durée n’est précisée, le stage sera rémunéré à hauteur de 30% du total des heures en centre de formation.
  • L’argument gagnant-gagnant : Mettez en avant le fait que l’entreprise peut tester vos nouvelles compétences en conditions réelles et préparer une éventuelle mobilité interne, le tout à coût nul pour elle.
  • La limite importante : Attention, la prise en charge de la rémunération par Transitions Pro ne s’applique pas aux stages réalisés au sein de l’entreprise qui vous emploie (même numéro SIREN). Le stage doit se faire dans une autre entité juridique. En revanche, si votre entreprise fait partie d’un grand groupe, un stage dans une autre filiale (avec un SIREN différent) est tout à fait envisageable et constitue une excellente piste de négociation.

À retenir

  • Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) est un droit stratégique et non une faveur, offrant une sécurité financière incomparable pour une reconversion longue.
  • Le succès de votre demande ne repose pas seulement sur votre éligibilité, mais sur votre capacité à présenter un « dossier de conviction » solide à la commission Transitions Pro.
  • L’arbitrage financier est clair : la démission pour se former est une option coûteuse qui doit être considérée en dernier recours face à la sécurité du PTP.

Reconversion professionnelle : comment financer votre changement de métier sans rupture de salaire ?

Sécuriser son financement est le nerf de la guerre de toute reconversion. Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) est l’outil le plus puissant pour les salariés en CDI souhaitant une formation longue et certifiante sans rupture de salaire, mais il n’est pas le seul. Selon votre projet, votre situation et votre relation avec votre employeur, d’autres dispositifs peuvent être pertinents. Avoir une vision globale de l’écosystème du financement de la formation professionnelle vous permet de choisir la stratégie la plus adaptée. Il est frappant de constater que la grande majorité des reconversions réussies s’appuient sur un soutien financier : près de 78% des parcours de reconversion se font via des formations financées totalement ou partiellement.

Chaque dispositif a ses propres règles, avantages et contraintes. Le PTP se distingue par le maintien du salaire et du contrat, mais exige un dossier solide. Le CPF simple est plus souple mais couvre des formations plus courtes. La Pro-A vise l’évolution interne. Le plan de développement de l’entreprise est à l’initiative de l’employeur. Enfin, la démission-reconversion offre la liberté mais sacrifie la sécurité. Le tableau suivant synthétise les principales options pour vous aider à y voir plus clair.

Matrice complète des dispositifs de financement de la reconversion
Dispositif Maintien salaire Accord employeur Type de projet Éligibilité Complexité
PTP (CPF Transition) 100% (≤2 SMIC) ou 90% Obligatoire (autorisation absence) Reconversion longue, formation certifiante 24 mois activité dont 12 en entreprise Moyenne (dossier à monter)
CPF simple Oui si sur temps de travail Oui si sur temps de travail, sinon non Formations courtes/moyennes certifiantes Tous actifs Faible
Pro-A Oui (100%) Oui (initiative employeur ou salarié) Évolution interne, montée en compétences Salariés en CDI, qualification < bac+3 Moyenne
Plan de développement Oui (100%) Oui (initiative employeur) Adaptation au poste, évolution interne Tous salariés Faible
Démission-reconversion Non (ARE) Non Reconversion ou création entreprise 5 ans activité salariée continue Élevée

Le choix dépend de votre objectif final. Si vous visez un changement de métier radical nécessitant une formation longue, le PTP est incontestablement la voie royale. Sa complexité est relative et largement compensée par la sécurité qu’il procure. Les autres dispositifs sont d’excellents outils pour des objectifs différents : une montée en compétences (Pro-A), une formation d’appoint (CPF), ou un projet de création d’entreprise où la liberté prime (démission-reconversion).

La clé est de ne pas subir, mais de choisir activement le meilleur véhicule financier pour votre projet. Évaluez votre situation, définissez clairement votre but, et lancez-vous dans la construction de votre dossier. L’étape suivante consiste à obtenir une analyse personnalisée de votre projet pour valider la meilleure stratégie à adopter.

Rédigé par Élodie Rousseau, Élodie Rousseau est Conseillère en Évolution Professionnelle (CEP) et experte en financement de la formation professionnelle. Diplômée d'un Master 2 en Ingénierie de la Formation de l'Université Paris Nanterre et certifiée CEP par l'APEC, elle a exercé 7 ans au sein de Transitions Pro avant de créer son cabinet de conseil. Elle accompagne depuis 13 ans salariés, demandeurs d'emploi et entreprises dans la construction de parcours de formation et le montage de dossiers de financement (CPF, CPF de Transition, OPCO).