Un formateur debout devant un mannequin de secourisme explique un geste à cinq stagiaires en tenue de travail dans une salle de réunion éclairée par la lumière du jour
Publié le 1 avril 2026

Les articles R4224-14 à R4224-16 du Code du travail imposent la présence d’au moins un salarié formé aux premiers secours dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux. Cette obligation légale, renforcée par le décret du 1er août 2025 sur le passeport de prévention, concerne la majorité des entreprises françaises. Voici ce que vous devez savoir pour vérifier votre conformité.

Vos 4 points clés sur l’obligation SST :

  • L’article R4224-15 impose au minimum un secouriste formé par atelier dangereux ou chantier de 20+ travailleurs
  • Aucun ratio réglementaire fixe : l’évaluation dépend de vos risques et de votre effectif
  • Le certificat SST est valide 24 mois, puis recyclage MAC SST obligatoire (7 heures)
  • Depuis septembre 2025, la formation SST doit figurer dans le passeport de prévention

Avec 549 614 accidents du travail recensés en 2024 selon les données publiées par Vie-publique.fr, la question de la formation aux premiers secours reste centrale pour les employeurs. La présence d’un salarié capable d’intervenir dans les premières minutes peut faire la différence entre un incident maîtrisé et un drame. Mais entre les textes de loi et les recommandations de l’INRS, difficile parfois de savoir exactement ce que votre entreprise doit mettre en place.

Cet article décrypte les obligations légales réelles, les ratios recommandés selon votre secteur, et les risques encourus si vos équipes ne comptent aucun Sauveteur Secouriste du Travail formé. Vous y trouverez également un plan d’action concret pour organiser les formations nécessaires.

Ce que dit précisément le Code du travail sur la présence de secouristes

La confusion règne souvent entre ce que la loi exige vraiment et ce que les organismes de prévention recommandent. Commençons par les textes.

Selon la section R4224-14 à R4224-16 du Code du travail, trois obligations s’imposent à tout employeur : équiper les lieux de travail d’un matériel de premiers secours adapté, former au moins un membre du personnel au secourisme dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux, et prendre les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours en l’absence d’infirmier.

Les articles à connaître : L’article R4224-15 précise que la formation de secouriste est obligatoire « dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux » et « sur chaque chantier employant 20 travailleurs au moins pendant plus de 15 jours où sont réalisés des travaux dangereux ». Le décret n° 2025-748 du 1er août 2025 impose désormais la déclaration de cette formation dans le passeport de prévention.

Ce que beaucoup ignorent : la notion de « travaux dangereux » n’est pas définie de manière exhaustive par le Code du travail. Elle s’apprécie au regard du Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) de chaque entreprise. Un atelier de métallurgie, un entrepôt logistique avec engins de manutention ou un laboratoire chimique entrent clairement dans cette catégorie. Un open space administratif ? C’est moins évident, mais le risque zéro n’existe pas.

L’erreur la plus courante consiste à croire qu’une entreprise sans « atelier dangereux » n’a aucune obligation. L’article R4224-16 nuance cette lecture : même en l’absence d’obligation stricte de former un secouriste, l’employeur doit « prendre les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours ». La formation SST répond à cette exigence.

Combien de SST devez-vous former selon votre effectif et votre secteur

C’est la question que posent systématiquement les responsables RH lors d’un contrôle annoncé. La réponse exige de distinguer le minimum légal des recommandations de l’INRS.

Comme l’indique le focus juridique de l’INRS sur les premiers secours, « il n’existe pas de ratio réglementaire fixe » imposé par le Code du travail. Le texte exige un minimum absolu : un salarié formé par atelier dangereux. Recourir à une entreprise de formation SST permet d’aller au-delà de ce plancher et d’adapter le nombre de secouristes aux réalités de votre activité : travail posté, sites isolés, manipulation de produits chimiques.

Ratio SST recommandé selon le niveau de risque et l’effectif
Secteur d’activité Niveau de risque Ratio SST recommandé Exemple concret
Tertiaire / Administratif Faible 5 à 10% de l’effectif 5 SST pour 80 salariés
Commerce / Logistique Moyen 10 à 15% de l’effectif 8 SST pour 60 salariés
Industrie / Production Élevé 15 à 20% de l’effectif 10 SST pour 50 salariés
BTP / Chimie / Travail isolé Très élevé 20 à 25% de l’effectif 1 SST par équipe de chantier

Ces fourchettes proviennent des recommandations de la Branche AT/MP (Accidents du Travail – Maladies Professionnelles) relayées par l’INRS. Elles ne constituent pas une obligation légale, mais servent de référence lors des contrôles de l’inspection du travail. Un inspecteur qui constate un seul SST pour 200 salariés dans une usine pourra considérer que les mesures de premiers secours sont insuffisantes.

10 à 15% de l’effectif formé SST : la recommandation INRS pour les secteurs à risque moyen comme la logistique.



La pratique montre qu’il est préférable de dépasser le minimum légal pour plusieurs raisons : absences (congés, arrêts maladie), turnover, et surtout couverture de tous les créneaux horaires si vous travaillez en équipes. Former un seul salarié par atelier revient à laisser l’atelier sans secouriste dès qu’il s’absente.

Les sanctions réelles en cas d’absence de formation SST

Les textes prévoient des sanctions, mais c’est surtout en cas d’accident que les conséquences deviennent lourdes.

Responsabilité aggravée en cas d’accident : L’absence de personnel formé au secourisme peut être retenue comme circonstance aggravante lors de l’enquête CARSAT. Si la faute inexcusable de l’employeur est reconnue, le dirigeant s’expose à une indemnisation intégrale du préjudice subi par la victime, sans plafonnement, majorée d’une cotisation AT/MP alourdie pendant plusieurs années.

Prenons une situation classique : une PME industrielle de 45 salariés dans les Pays de la Loire reçoit un contrôle de l’inspection du travail. L’agent constate qu’aucun salarié n’a suivi de formation SST depuis trois ans. Les anciens certificats ont expiré (la validité est de 24 mois). Résultat : mise en demeure avec un délai de trois mois pour former deux salariés. L’entreprise organise les sessions en urgence, avec prise en charge partielle par son OPCO.

Un autre cas de figure fréquent concerne le BTP : un artisan avec 8 salariés intervient sur un chantier. Un ouvrier chute d’un échafaudage. Aucun secouriste formé n’est présent sur place. Le délai d’intervention des secours s’en trouve rallongé. L’enquête CARSAT pointe ce manquement. Comprendre le rôle du formateur SST en entreprise aide à saisir pourquoi cette formation dépasse le simple geste technique : elle intègre la prévention des risques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 764 décès liés à un accident du travail en 2024, et 20% de ces décès surviennent dans l’année qui suit la prise de poste, période où les salariés maîtrisent moins bien les risques de leur environnement. Former des SST dans chaque équipe permet d’intervenir dans les premières minutes cruciales.

Les sanctions administratives directes restent rares en l’absence d’accident. Mais la mise en demeure de l’inspection du travail figure au dossier de l’entreprise et peut peser lors de marchés publics ou de certifications qualité.

Les étapes pour mettre votre entreprise en conformité rapidement

Votre OPCO peut financer une partie significative de la formation SST : renseignez-vous sur les plafonds applicables à votre branche.



La mise en conformité ne prend pas des mois si vous organisez les démarches dans le bon ordre. L’approche la plus efficace consiste à intégrer la formation SST dans vos processus de formation en entreprise existants.

Votre plan d’action pour être en règle


  • Vérifiez les dates de validité des certificats SST actuels de vos salariés (expiration à 24 mois)

  • Identifiez le nombre de SST nécessaire selon votre DUERP et les recommandations sectorielles

  • Sélectionnez les salariés volontaires en prioritisant ceux présents sur les postes à risque

  • Contactez votre OPCO pour connaître les modalités de prise en charge (formulaire en ligne)

  • Choisissez un organisme habilité par le réseau Assurance Maladie – Risques Professionnels

  • Planifiez les sessions en tenant compte des absences (prévoir 2 jours consécutifs pour la formation initiale)

Le volontariat reste privilégié pour désigner les futurs SST. Un salarié motivé retiendra mieux les gestes et sera plus enclin à intervenir en situation réelle. Cela dit, l’employeur peut inscrire cette compétence dans certaines fiches de poste (chef d’équipe, responsable de site isolé).

La formation SST initiale dure 14 heures, réparties sur deux jours consécutifs. Le maintien et actualisation des compétences SST (MAC SST) se déroule ensuite tous les 24 mois sur une journée de 7 heures. Ces durées sont fixées par le référentiel de l’INRS. Obtenir une formation professionnelle certifiante comme le SST valorise également le parcours du salarié.

Le financement passe généralement par le plan de développement des compétences de l’entreprise. Les OPCO prennent en charge tout ou partie des coûts selon les accords de branche. Renseignez-vous auprès de votre conseiller OPCO pour connaître les plafonds applicables.

Vos questions sur l’obligation de formation SST

Questions fréquentes sur la formation SST obligatoire

Le certificat SST remplace-t-il le PSC1 ?

Le SST couvre les compétences du PSC1 (Prévention et Secours Civiques niveau 1) et y ajoute une dimension prévention des risques professionnels. Un salarié titulaire du SST à jour est considéré comme détenteur du PSC1. L’inverse n’est pas vrai : le PSC1 ne suffit pas à remplir l’obligation de secouriste en entreprise.

Un salarié peut-il refuser de devenir SST ?

Le volontariat est généralement privilégié. Cependant, si la fonction SST est inscrite dans la fiche de poste dès l’embauche ou fait l’objet d’un avenant accepté, le salarié ne peut pas refuser. La pratique recommande de solliciter des volontaires motivés : un secouriste contraint sera moins efficace en situation d’urgence.

Que se passe-t-il si le certificat SST expire ?

Après 24 mois sans recyclage MAC SST, le certificat perd sa validité. Le salarié n’est plus considéré comme secouriste au sens réglementaire. S’il souhaite retrouver cette qualification, il devra suivre une nouvelle formation initiale de 14 heures.

Les intérimaires comptent-ils dans le calcul du nombre de SST ?

Les intérimaires font partie de l’effectif à protéger lors de leur mission. L’entreprise utilisatrice doit s’assurer qu’un nombre suffisant de SST est présent pour couvrir l’ensemble des salariés, intérimaires inclus. Si un intérimaire est lui-même SST, son certificat reste valide et peut être pris en compte.

Comment fonctionne le passeport de prévention depuis 2025 ?

Le décret du 1er août 2025 impose la déclaration des formations SST dans le passeport de prévention à compter du 1er septembre 2025. Ce document numérique, accessible via Mon Compte Formation, centralise les attestations de formation en santé et sécurité au travail. L’employeur doit y déclarer les formations dispensées.

La prochaine étape pour vous : Au-delà du minimum légal, la vraie question est celle de la couverture effective de vos équipes. Un seul SST par site, c’est respecter la lettre de la loi. Mais dès qu’il s’absente, votre atelier n’a plus de secouriste.

Posez-vous cette question : si un accident survenait demain à 14h30, un salarié formé serait-il présent et disponible pour intervenir dans les deux premières minutes ?

Précisions réglementaires importantes

  • Les obligations présentées sont celles en vigueur en 2026 et peuvent évoluer
  • Le nombre de SST recommandé par l’INRS peut différer du minimum légal selon votre secteur
  • Chaque situation nécessite une analyse au regard du Document Unique de votre entreprise

Risques identifiés en cas de non-conformité : mise en demeure par l’inspection du travail, aggravation de la responsabilité pénale du dirigeant en cas d’accident, majoration des cotisations AT/MP par la CARSAT. Pour une analyse adaptée à votre situation, consultez l’inspection du travail, la CARSAT ou un organisme de formation habilité par le réseau Assurance Maladie – Risques Professionnels.

Rédigé par Amélie Moreau, rédactrice web spécialisée dans la prévention des risques professionnels et la réglementation du travail, s'attachant à décrypter les obligations légales en matière de sécurité et à les rendre accessibles aux responsables RH et dirigeants de PME.